Bonjour à toutes et à tous!

J'aurais pu appeler mon post : "Quand vient la fin de l'été" en référence à la chanson de Laurent VOULZY. Ouais, j'aurais pu. Sauf que pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliquer. Yona, ou la contradictrice faite femme va encore frapper. Ames sensibles s'abstenir.

Sur ma photo d'accueil, je suis tout de blanc vêtue, like a virgin, alors que mon article s'intitule "Black is beautiful". Qu'est-ce qu'elle va encore nous pondre cette fois-ci pensez-vous. Et vous avez raison de vous interroger. Cela étant, vous vous rendrez rapidement compte que ce n'est pas aussi antinomique que cela n'y parait. C'est même finalement, en parfaite adéquation tant avec la tenue que le contenu du post que je vous propose aujourd'hui.

Commençons par la fin...ouais, j'aime bien vous faire ramer: le blanc. C'est incontestablement l'une de mes couleurs favorites, surtout en période estivale. Bon, même si à l'heure où je vous écris, il faut avouer que l'été s'éloigne dangereusement. Mais à mon sens, le blanc est le summum de l'élégancitude, de la classitude et de la chiquitude!  On a tous fait, au moins une fois dans notre vie, une soirée blanche (à part ma grande soeur probablement). En sus, cette couleur peut se porter avec tout...et pour une fois, et je le dis vraiment rarement, avec (quasiment) n'importe quoi. On peut presque tout oser (du moins, je parle pour moi). En effet, certaines excentricités qui vireraient au carnage modalistique avec d'autres couleurs s'avèrent être surprenantes en blanc. Ce que j'affectionne particulièrement c'est le ton sur ton, avec mélange de matières...ou alors du blanc cassé ou ivoire avec du blanc immaculé...bref, le blanc est une ressource intarrisable en termes d'association et de combinaison.

Couleur atemporelle et inconditionnelle de l'été, les fashion addicts ne me contrediront pas, si je dis que le blanc, a fait l'objet d'un véritable plébiscite cette année. Après, je vous le concède, il est bien difficile de garder une pièce blanche une journée entière: il faut faire attention à l'endroit où l'on s'assoit, ne surtout pas frôler un mûr, faire gaffe lorsque l'on est au restaurant (on évite les spaghetti à la  bolognaise quoi, surtout lors d'un premier rendez-vous!)...etc. Mais paradoxalement, c'est précisément ce qui lui confère "ses lettres de noblesse" si je puis dire... ce côté précieux et raffiné inégalable. Tout à la fois minimaliste, épuré et classe, le total blanc est sans nul doute l'un de mes looks de prédilection. Et c'est la raison pour laquelle, même si l'été s'achève doucement, j'avais envie de vous présenter ce fameux look.

Le blanc va, a priori, à tout le monde. Toutefois, ce que je préfère dans la mode ce sont les contrastes et les décalages. En l'occurence, je n'ai pas besoin d'aller chercher bien loin pour les trouver, puisque ma peau d'ébène fait, en l'espèce, très bien l'affaire.

Tiens... parlons-en de cette peau d'ébène. Ce qui me permet au passage de justifier l'intitulé de mon article: "Black is beautiful"! Il s'agit d'un mouvement lancé dans les années soixante par les afro-américains. En substance, ce mouvement tendait à combattre l'idée selon laquelle les caractéristiques négroïdes, telles que la couleur de peau, les cheveux crépus, les traits du visage étaient intrinsèquement laids. Mais à l'origine ces idées étaient défendues à l'encontre d'autres cultures.

Pour autant, qui aurait imaginé que cette façon de penser s'encrerait au sein d'une même culture, voire d'une même communauté? Dans mon dernier post, je vous avais parlé de mes camarades d'école, en Martinique (dont le métissage est assez prononcé) qui me traitaient de "bamboula". J'ai eu droit à de nombreux jolis quolibets! "Africa boumbata", "bête laide" , "ti souri nwèa" (ie: petite souris noire en créole), "chabine lan nuit' " (ie: chabine de la nuit en créole) et j'en passe...et le plus dur, c'est qu'il s'agissait de mes pairs, de martiniquais. Enfin, pour eux, je pense que je ne l'étais pas vraiment: ni couli (type indien), ni chabine (peau claire aux traits négroïdes), ni métisse, ni mûlatresse (personne née de parents blanc et noir ou de deux mulâtres), ni capresse (mélange indien-noir), je ne répondais tout simplement pas aux critères de beauté. J'ai donc grandi avec cette idée surréaliste, jusqu'à ce que je parte de Martinique, que l'on m'avait matraqué pendant presque quinze ans, selon laquelle: noir=laid. Je ne saurais dire si une évolution s'est opérée depuis, mais à cette époque, il ne fallait ni être trop noir, ni avoir les cheveux trop crépus, ni être blanc, dans la mesure où cela renvoyait à l'image du colon...Et alors si vous aviez, en plus, le malheur d'être à moitié africaine (je la fais courte, parce que selon moi, dire qu'une afro-antillaise n'est qu'à moitié africaine est d'une absurdité absolue)...ah ben vous étiez le diable incarné!

J'en ai entendu des bêtises sur le sujet. Une "amie" de collège m'a sorti un jour: "tu n'es pas belle, parce que tu es trop noire hein, mais comme tu t'exprimes bien et que tu es drôle, tu finiras un jour par trouver quelqu'un"...elle était vraiment trop mignonne.

Cela étant, côté Afrique ce n'est pas mieux. Car ma famille sénégalaise est, à l'origine, très noire. Mais bizarrement, toutes mes tantes sénégalaises ressemblent à feu Michael JACKSON: Elles sont grises à force de se décolorer la peau...

Au passage, et sans vouloir faire d'analyse sociologique, nous noterez, qu'en Martinique comme au Sénégal, ces critères s'appliquent, non exclusivement, mais majoritairement aux femmes.

Bref, quand je me suis "expatriée" en France hexagonale et que j'ai pu enfin voir plus loin que le bout de mon île là, j'ai enfin compris. J'ai compris que lorsque l'on te trouve cheum...ben c'est parce que l'on te trouve cheum, "point". Non pas parce que tu es trop noir, trop blanc ou trop métisse...Mais simplement parce que la beauté est subjective et exclusive de la couleur de peau, c'est tout! J'ai également compris que pour un blanc, tu demeures noir, noir clair ou noir foncé, la nuance leur importe peu. Posez-donc la question aux racistes.Tu es "black". Je pense d'ailleurs que cette perception du noir par les blancs pourrait contrarier plus d'un martiniquais. En effet, pour justifier de leur couleur de peau, lorsqu'elle est plus foncée que "leur moyenne", ils n'hésitent pas, bêtement, à préciser qu'ils ont tout de même une grand-mère chabine, un vieux oncle métisse, ou un aïeul blanc. Cette justification les rassure et semble pouvoir atténuer leur "négritude" au sens physique du terme.

Cela me rappelle d'ailleurs, une anecdote: la première fois, en France métropolitaine, qu'un type m'a avoué qu'il me trouvait à son goût, il s'agissait un blond aux yeux bleus. Et bien, sur la vie de moi, je me suis retournée en me demandant à qui il s'adressait.

Aujourd'hui, tout cela est derrière moi, mais je pense à tous ces jeunes martiniquais qui, malheureusement pourraient encore subir le même sort. Je suis une femme à la peau d'ébène et qui le vit très bien: merci les martiniquais. Et heureusement pour moi, j'ai quand même eu de vrais amis, qui le sont toujours d'ailleurs, et dont ce genre de considération les dépassait complètement. 

Longue parenthèse fermée, dans tous les sens du terme. Mais petite précision utile: je ne cherche pas à ce que l'on s'apitoye sur mon sort, je ne recherche aucunement de la compassion ou autre flatterie. Toutefois, il me tenait à coeur de lever ce tabou, que l'on retrouve d'ailleurs dans de nombreuses autres cultures. Et pourquoi pas à travers la mode ? Avec cette couleur transmise par mes parents, je trouve que le contraste avec le blanc ne fait que magnifier ma peau noire. Oui, je suis encore en mode auto-kiffance et je le vis toujours très bien.

Transition toute trouvée pour évoquer ma tenue du jour. Lors de la dernière braderie de Toulouse que je vous raconte ici, j'ai flashé sur un pantalon taille haute 7/8 (sur moi bien sûr) acheté pour une bouchée de pain. C'est en fait la version longue du short que je portais dans ce post . Je le trouve sublissime et ultra-élégant. J'ai choisi de le porter avec un top blanc évidemment, bi-matière. Comme chaussures, j'ai opté pour mes richelieus à talons, en cuir bi-matière également. Petit retour au sources, avec ce collier à tendance éthnique, multicolore, dont je suis littéralement fan qui, tout en apportant de la fraîcheur, permet de décaler l'ensemble on ne peut plus classique. Enfin, puisque je peux me lâcher côté accessoires, je n'ai pas hésité un instant à porter mon sac, à franges bleu nuit...en plastique (trouvé à la braderie)! Original et fun. Des clous, en guise de boucle d'oreilles et une simple queue de cheval avec mes dread locks viennent parfaire ce total look blanc.

Je trouve que cette tenue, à la fois classique, et chic peut se porter à de multiples occasions...

Enfin, j'en terminerai par là, sorry mummy, mais je ne fais que paraphraser l'immense Aimé CESAIRE (pléonasme quand tu nous tiens). Il s'agit d'un message personnel adressé aux martiniquais, dont la taille de leur cerveau est à la mesure de la surface de l'île (un grain de sable dans l'océan quoi), qui demeure néamoins, envers et contre tout, très chère à mon coeur:

"(...)N'allez pas le répéter mais [la négresse] vous emmerde!".

 

 

  • Collier: VALERI CHISTINA
  • Top: KAREN MILLEN
  • Pantalon: MAJE
  • Sac: GERARD DAREL
  • Richelieus: HISPANITAS

Crédit photo: Photographe Jean-Michel MOLIN

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